samedi 30 septembre 2017

Elisabeth Dujarric

Elisabeth Dujarric de la Rivière (1930-2005) dite "Dujarric"


Née le 2 septembre 1930 à Jouy-en-Josas, cette artiste issue d'une famille périgourdine dont le nom baptise l'hôpital de Périgueux étudie l'art à Paris, tant l'Académie Julian (aux côtés de Claude autenheimer et de Françoise Sors) qu'à l'Académie de la Grande Chaumière, tout en poursuivant des études d'histoire de l'art à la Sorbonne. Marcelle Friedman, sa mère, est élève de Nadia Boulanger et  mécène des organistes de son temps. Comme peintre et illustratrice, Elisabeth adopte le nom d'artiste de Dujarric et partage son temps entre la capitale et la Dordogne.
Peintre de la Seconde Ecole de Paris, cette artiste de la Figuration narrative est une figure de la Jeune Peinture françaises des années 1950, d'une ampleur inégalée au XXe siècle avec un millier de peintres. Directeur de l’Académie de France à Rome (villa Médicis) en 1933, puis directeur de l’École des Beaux-arts en 1937, le sculpteur Paul Landowski (1875-1961) évoque Elisabeth Dujarric dans son Journal (1902-1959).
Dès février 1954, son travail est présenté au Ve Salon de la Jeune Peinture, au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Elle y sera fidèle, au moins jusqu'en 1961. En juin 1954, elle participe au VIe Salon du Dessin et de la Peinture à l'Eau, toujours au Musée d Art Moderne de la Ville de Paris.
Elle participe en janvier 1955 au VIe Salon de la Jeune Peinture. L'historien et critique d'art Marcel Zahar (1898-1989) écrit dans La nouvelle vague  : « Les témoignages de la peine des objets moribonds tels que chaises crevées, grabats, godillots éculés, etc, sont donnés par Dujarric de la Rivière, Liliane Le Faure, entre autres. »
Dès novembre 1955, elle participe à l'exposition collective La Nouvelle Vague, à la galerie Framond à Paris gérée par Zahar, aux côtés de Paul Rebeyrolle, Gérard Tisserand, Michel de Gallard, Guy Bardonne, Michel Rodde ou encore Claude Schurr. Cette même année, elle participe au Salon de la Jeune Peinture, toujours au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. «Un grand Salon ? Peut-être! Les années qui vont suivre nous le diront. Les gaillards qui exposent là ont rejeté les réserves ou les impuissances de l'abstrait ; il y en a de remarquables ; certains seront peut-être grands. Nous revoyons, pour notre plaisir, souvent passionné, Rebeyrolle, Aberlenc, Taylor, Simone Dat, de Gallard, Bardone, Brasilier, Pradier, Panzel, René Genis, Dujarric, Nuche, Thompson, Roger Grand, Pradier, Montané, Krol, Luc Simon, Guansé, Dudouct, Mayet. Vive la jeune Peinture.» écrit Jean Rollin le 10 février 1956,
En janvier-février 1956, elle participe à l'exposition collective de 18 peintres français sélectionnés parmi les 293 de ce dernier salon ( dont Tisserand, Guiramand, Garcia-Fons, de Gallard, Cueco, Cara-Costea, Aberlenc), La Jeune Peinture de Paris, à la galerie Marlborough à Londres (Galerie Marlborough Fine Art Ltd, Old Bond Street Londres W1, Hyde Park 6195/6). En juin 1956, elle expose au Salon de la peinture à l'eau et du dessin au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. En 1956-1957-1958, elle travaille à la cité d'artistes La Ruche à Paris, comme Rebeyrolle et Cueco, et est ami avec le peintre cévenol René Aberlenc et son épouse Pierrette, 14, rue du Moulin de Beurre, Paris 14 e. Elle fondera une association de sauvegarde de la Ruche, passage Dantzig, rapidement présidée par Marc Chagall. Grâce à son énergie et celles de Simone Dat et de Francis Biras, elle sauvera de la démolition la mythique Ruche. Et pour cause. Après-guerre, les artistes groupés autour de Rebeyrolle dans cette cité forment le noyau du «Salon de la Jeune Peinture», ce movement figuratif impulsé par la Manifeste de l'Homme témoin.
En janvier 1957 au Musée d'Art Moderne, elle obtient le Prix du VIIe Salon de la Jeune Peinture, alors présidé par Jean Jansem et dont le catalogue est préfacé par George Besson, Desnoyer, Guy Dornand, Waldemar George, Marcel Gimond, Claude Roger-Marx et Zahar. Dans Libération, Dornand écrit : « Le naturalisme qui effraie ou inquiète tel distingué confrère désireux de voir «étaler les tripes» du réel pour mieux en «révéler l âme» (curieuse méthode) se porte fort bien avec Aberlenc, Dujarric, Garcia-Fons. ». Dans le Figaro du 24 janvier, Raymond Cogniat qualifie alors Dujarric de « bon peintre ».  René Barotte note le 22 janvier 1957 : « Le Salon de la jeune peinture, célèbre son VIIIe anniversaire avec éclat. Les 250 exposants de 1957 ont rompu avec l'imitation servile de Picasso ou de Matisse. Leur art est plein de santé, de fraîcheur et de jeunesse. Si parfois on trouve encore une tendance à déformer le corps féminin, Il y a chez beaucoup un abandon du sujet morbide, un goût pour des compositions larges, aérées, riches en couleurs, pleines de vie. Une trentaine de toiles au moins indiquent, chez leurs auteurs, qui se nomment Guiramand, Kornicker, Dujarric, Tisserand, Rebeyrolle, Taylor, Brasillier, Cathelin, Aberlenc, entre autres, un très heureux souci de renouvellement. » En 1993, le critique d'art Guy Vignoht (1932-2010), auteur de La jeune peinture, 1941-1961, évoque Dujarric dans la préface d'une monographie sur Bernard Vermot.
En janvier 1957 encore, elle participe à l'exposition collective « Jeunes Peintres Premier Groupe », à la Galerie Vidal, rue Delambre, Paris 14 e. George Besson dans «Les Lettres Françaises» du 31 janvier 1957 note : «Voici une sympathique réduction du Salon de la Jeune Peinture : dix exposants judicieusement choisis : Aberlenc, Cueco, Dujarric, Folk, Garcia-Fons, Jansem, Taylor, Tejero, Vignoles, Biras, tous lauréats, hier ou aujourd hui, de ce Salon des moins de quarante ans qui rend en ce moment sensibles à la bonne peinture les collectionneurs les plus coriaces. La qualité des œuvres est la caractéristique de ce premier groupe Vidal. Un certain air de famille aussi. »
En janvier-février 1957, elle participe à une seconde exposition collective La Jeune Peinture à la Galerie Marlborough. (avec Bardone, Bastide, Collomb, Cueco, Dat, Folk, Garcia-Fons, Grand, Guiramand, Léquien, Olney, Taylor, Arturo Tejero, Thompson, Tisserand, Venot). En avril 1957, elle expose encore au Salon de la peinture à l'eau et du dessin au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Juliette Darle dans «L Humanité» du 15 avril 1957 : « Dans les dessins de René Aberlenc, des études de jeune femme, on retrouve cette vigueur presque austère, ce pouvoir d'émotion retenue qui caractérisent ses meilleures toiles. Même refus de l effet, même probité du métier, même rigueur de l observation dans le grand panneau d études d Elisabeth Dujarric de la Rivière.»
En juillet-août 1957, elle participe à une exposition collective sous le patronage de l'UNESCO à la Mairie d Eymoutiers (Haute Vienne) : «Peinture contemporaine en Limousin», exposition organisée par le peintre Paul Rebeyrolle et dont le catalogue est préfacé par Jean Cassou. Son travail côtoie entre autres ceux de Buffet, Cueco, Desnoyer, Gromaire, Francis Gruber, Lesieur, Jean Lurçat, Pablo Picasso, Edouard Pignon, Rebeyrolle, Nicolas de Staël, Tal-Coat.
Toujours en juillet-août 1957, avec 58 peintres français, elle participe au Parc de la Culture de Moscou à l'exposition des Jeunes Peintres dans le cadre de l'exposition internationale de peinture du VIe « Festival Mondial de la Jeunesse et des Étudiants pour la Paix et l'Amitié ».
En janvier 1958 au Musée d'Art Moderne, elle participe au IXe Salon de la Jeune Peinture. Guy Dornand écrit dans «Libération» du 16 janvier 1958  : « De ceux qu on put ranger dans 1e groupe de la Ruche, ou de ses sympathisants, combien plus solides se présentent les compositions d un solitaire : Grand, toute sensibilité, les natures mortes de Cueco, d Aberlenc, le petit paysage de Folk, les natures mortes de Dujarric. »En juin 1958, elle participe au Xe Salon du Dessin et de la Peinture à l Eau, au Musée d Art Moderne de la Ville de Paris.
En janvier 1960, elle est à nouveau sélectionnée au XIe Salon de la Jeune Peinture. En octobre 1960, elle participe au Prix Antral tout comme Aberlenc.
En janvier 1961, elle participe encore au XIIe Salon de la Jeune Peinture. Cogniat note dans «Le Figaro» du 18 janvier 1961 : «La première salle réunit la plupart des vedettes de ce Salon et prend ainsi un caractère de salle d'honneur. Nous y trouvons en effet Lesieur, Genis, Bardone, Cottavoz, Brasillier, Guiramand, Mayet, Petit, Weisbuch, Garcia-Fons, Fabien, Dujarric, Giraud de l'Ain, Canjura, Cueco. » Avec une huile datée de 1960, Tête, elle est sélectionnée par un jury de jeunes critiques à la Biennale de Paris qui, fondée par Raymond Cogniat, se tient au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris en 1961.
En 1962, elle illustre Souvenirs, livre écrit par son père, René (1885-1969), médecin et président de l'Académie des Sciences. La galerie Claude Levin (1958-1971), une galerie de réputation internationale gérée par Georges Detais (1923-) et dont les piliers sont Arroyo, Breyten, Aillaud et Quilici, intègre Dujarric à l'exposition collective Estampes 67. De même, il lui organise une exposition particulière, Tête à Tête, en mai 1968 à Paris. « Les évènements de Mai 68 empêchent le bon déroulement de l’exposition d’Elisabeth Dujarric qui avait bien commencé. Et marquent quelque peu le coup d’arrêt de la dynamique galerie. »
En 1969, elle écrit et illustre Journal des Moissons, un livre d'art paru chez Taillandier, carnet de croquis des moissons en Périgord préfacé par Jean Cassou, fondateur-conservateur du Musée National d'Art moderne à Paris (1945-1965). En 1969, quatre gravures de Dujarric entrent au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale. Son travail est également exposé en janvier-février 1984 dans le cadre d'une exposition collective de quatre artistes à la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques (catalogue de 16 p disponible à la bibliothèque Kandinsky du centre Georges Pompidou). 
En septembre-octobre 2005, son travail est présenté dans deux expositions collectives avec 20 artistes dont Arroyo, Peter Klasen et Bernard Rancillac à Pouzac et au Carmel de Tarbes. En mai-juillet 2008, elle participe avec trois autres artistes, Henri Cueco, Eduardo Arroyo et Louis Quilici, à l'exposition Aux sources de la Figuration narrative, rue de Miromesnil à Paris. Elle décède le 18 novembre 2015 à Excideuil, berceau dordognais de la famille Dujarric de la Rivière. Certaines de ses œuvres ornent l'église de Saint-Sulpice d'Excideuil, notament une grande Crucifixion. En octobre 2012, l'orangerie du château de Sucy-en-Brie expose des toiles de l'artiste. En octobre-décembre 2016, le catalogue de l'exposition collective « Les Insoumis de l'Art Moderne , Paris, Années 1950 » cite le travail de Dujarric au Musée Mendjisky – Ecoles de Paris, square de Vergennes.
Son œuvre reste cependant à redécouvrir. « La fidélité aux artistes que Georges Detais a pu exposer, découvrir, soutenir est toujours restée sans failles, tels Louis Quilici et Elisabeth Dujarric, pas assez reconnus à son goût, et à juste titre. » note le muséographe Sylvio Brianti.






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